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A quelques jours du Sommet Africa Forward (11-12 mai), voici ce qu'il faut savoir

  • Le Paraphe
  • il y a 1 heure
  • 7 min de lecture

Les 11 et 12 mai 2026, Paris et Nairobi co-organisent le sommet Africa Forward, réunissant une trentaine de chefs d'État africains et plus de 2 000 participants du monde des affaires, de la société civile et de la jeunesse. Ce n'est pas un sommet Afrique-France ordinaire, mais le premier organisé sur le sol africain, dans un pays anglophone, à un moment où la France a perdu sa présence militaire dans une grande partie du continent.



Le retrait militaire français d'Afrique de l'Ouest survient à partir de 2022 lorsque la France commence à retirer ses troupes militaires de plusieurs pays après des décennies de présence et d'interventions militaires, au Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Sénégal et sur la Côte d'Ivoire, ayant tous mis fin à leurs accords de défense. La réduction de la présence militaire française coïncide avec l'augmentation de l'influence russe dans la région. Après le retrait des forces françaises, les gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger renforcent leurs liens avec la Russie, acceptant le déploiement de mercenaires russes pour soutenir les opérations de contre-insurrection au Sahel.


Pour la France, la continuité de son repositionnement en Afrique


C'est dans ce contexte fracturé que s'inscrit le sommet Africa Forward. En effet, en octobre 2021, le Nouveau Sommet Afrique-France de Montpellier (8 octobre 2021) avait tenté une première rupture en mettant la jeunesse africaine au centre des échanges. Mais ce format avait lui-même été boycotté par plusieurs chefs d'État africains. C'est pourquoi Africa Forward est une nouvelle tentative de dialogue, pour la première fois, la France et un pays africain anglophone co-président cet événement, symbolisant une relation ouverte et tournée vers une nouvelle forme de coopération.



La France et ses agences, arrivent avec un bilan difficile à assumer, d'abord par le désengagement au Sahel, la percée russe, mais aussi une rhétorique renouvelée depuis le discours d'Emmanuel Macron de 2017 à Ouagadougou (NDLR : très critiqué, notamment sur ses déclarations concernant la gestion de l'électricité au Burkina Faso, jugée paternaliste), où il avait promis de "construire une nouvelle relation".



Le choix du Kenya comme coorganisateur est un choix politique fort. Nairobi est considérée comme la "Silicon Savannah", la capitale du M-Pesa (NDLR : système de mirco-financement et de transfert d'argent par téléphone), du mobile banking, de l'entrepreneuriat numérique africain. En choisissant le Kenya, pays anglophone, non francophone, non lié à l'ancienne sphère coloniale française, Paris propose une relation franco-africaine qui ne se limite plus à ses traditionnelles alliances.


Les entreprises et les institutions financières constituent le troisième pôle, celui qui donne au sommet son contenu réel. Parmi les deux mille participants du secteur privé figurent le Dangote Group, Ecobank, Orange, TotalEnergies et CMA CGM, un mélange significatif de champions africains et de multinationales françaises. Le groupe AFD est lui aussi présent. Cette présence est une continuité de la première phase du programme Choose Africa, portée par Proparco de 2018 à 2022, a permis d'octroyer près de 3,5 milliards d'euros de financements au bénéfice de plus de 40 000 entreprises, et de créer et maintenir plus de 2 millions d'emplois directs et indirects sur le continent. Une deuxième phase, Choose Africa 2, a été lancée en 2023 et doit se prolonger jusqu'en 2027.


Des objectifs de développement et de partenariats en phase avec l'Agenda 2030


En suivant les interviews, les publications et les comptes-rendus publiés sur le sommet, l'on remarque que plusieurs axes et formes de coopération sont cités, notamment pour clarifier les relations entres les parties prenantes d'Africa Forward.


Le premier objectif est peut-être le plus ambitieux, car il touche à quelque chose d'intangible mais de déterminant. Pendant des décennies, la coopération franco-africaine s'est racontée dans un vocabulaire de l'aide, de l'assistance, du "développement" accordé par le Nord à un Sud supposément en attente. Ce narratif enfermait les partenaires africains dans un rôle de bénéficiaires plutôt que d'acteurs. Le sommet Africa Forward tente d'y substituer celui du partenariat à égalité, une relation dans laquelle chaque partie apporte quelque chose à l'autre et en attend un retour réciproque. Ce changement de narration conditionne la nature même des accords qui peuvent en découler. Une coopération fondée sur l'intérêt mutuel assumé est plus durable qu'une coopération fondée sur la générosité unilatérale, car elle résiste mieux aux alternances politiques et aux crises.


Le deuxième objectif place la durabilité et la jeunesse au même niveau. L'Afrique concentre à la fois l'essentiel des défis climatiques à venir (sécheresses, élévation du niveau des mers, migrations climatiques) et la population la plus jeune de la planète, avec une médiane d'âge inférieure à vingt ans dans de nombreux pays du continent. Ces deux réalités, à la fois que les jeunes Africains seront les premiers à subir les conséquences du dérèglement climatique et les premiers à devoir construire les alternatives économiques, rendent nécessaires une réévaluation des priorités. Travailler pour un avenir durable en proposant de nouvelles perspectives à cette jeunesse, c'est donc reconnaître que la transition énergétique, l'agriculture climato-intelligente ou l'économie bleue ne sont pas des sujets techniques réservés aux experts. Ce sont des opportunités d'emploi, d'entrepreneuriat et de souveraineté économique pour une génération qui entrera massivement sur le marché du travail dans les prochaines années. Africa Forward cherche ici à transformer une contrainte environnementale en moteur d'une économie nouvelle.


Le troisième objectif touche à quelque chose que les relations franco-africaines ont longtemps ignoré, à savoir que l'Afrique n'est pas une, et la France n'a longtemps parlé qu'à une partie d'elle-même. En organisant pour la première fois ce sommet avec le Kenya, pays anglophone, Paris reconnaît officiellement que sa conception de l'Afrique avait été trop longtemps bornée par la langue française. L'Afrique lusophone (Angola, Mozambique, Cap-Vert) et l'Afrique anglophone (Nigeria, Kenya, Ghana, Afrique du Sud) représentent une part décisive de la démographie, des ressources naturelles et du dynamisme économique du continent. Les opposer à l'Afrique francophone, ou traiter cette dernière comme la seule interlocutrice naturelle de Paris, c'était se priver d'un continent entier tout en entretenant des relations de clientèle avec une fraction de ses élites. Ne plus opposer ces "Afriques", c'est aussi reconnaître que l'intégration régionale africaine, notamment portée par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dessine un marché continental unifié dans lequel les distinctions linguistiques héritées de la colonisation comptent de moins en moins.



Le quatrième objectif est celui qui ancre le sommet dans le concret le plus immédiat. Soutenir les entrepreneurs africains, c'est partir d'un constat chiffré : les petites et moyennes entreprises représentent en moyenne 60 % de l'emploi formel en Afrique et 40 % des PIB nationaux, mais elles restent sous-financées, peu accompagnées et trop souvent exclues des circuits d'investissement international qui préfèrent les grands projets aux dynamiques locales. L'inclusivité dans l'entrepreneuriat signifie aller plus loin encore : les femmes entrepreneures, les jeunes porteurs de projets dans les zones rurales, les acteurs de l'économie informelle, que les outils de financement classiques atteignent rarement, doivent être au cœur du dispositif. Africa Forward prolonge ici la logique de Choose Africa 2, lancé en 2023, qui cherche précisément à toucher les micro-entrepreneurs et les très petites entreprises au-delà des start-up urbaines déjà visibles sur les radars des investisseurs. L'enjeu n'est pas seulement économique : un tissu de PME africaines solides et indépendantes est aussi un gage de stabilité politique, car il crée une classe d'acteurs économiques qui ont intérêt à la paix et à la règle de droit.


Des enjeux économiques particulièrement importants


Le choix de Nairobi comme ville hôte est une déclaration en soi, à la fois saluée et critiquée. Paris pivote vers l'Afrique de l'Est et l'Afrique anglophone, un espace où la France n'a pas le poids historique de ses rapports coloniaux. Cette ouverture géographique est aussi une tentative d'échapper à la "prison du passé" colonialiste que les juntes sahéliennes ont su instrumentaliser pour chasser les soldats français.


Mais le pari est fragile. Les conclusions du sommet devraient alimenter les préparatifs du prochain G7, que la France accueillera à Évian du 15 au 17 juin 2026, une fenêtre supplémentaire pour que la voix de l'Afrique soit entendue au plus haut niveau. Paris cherche à enchaîner les formats, à créer une continuité diplomatique. La question est de savoir si cette continuité sera perçue comme de l'engagement ou comme de la communication.


Sur le plan économique, les enjeux sont très importants et la compétition intense. L'Afrique aurait besoin de 1 500 milliards de dollars supplémentaires d'ici 2030 pour financer les Objectifs de développement durable, selon l'AFD, alors que les financements des bailleurs bilatéraux ont eu tendance à se tarir ces dernières années. D'ici 2050, un quart de la population mondiale sera africaine, et la consommation des ménages africains pourrait atteindre 2 500 milliards de dollars d'ici 2030, faisant de l'Afrique une zone clé pour la distribution, le commerce et les services.


C'est précisément ce marché futur que se disputent la France, la Chine, les États du Golfe et les États-Unis. Pour Paris, Nairobi est à la fois une vitrine et une nécessité, car les échanges France-Afrique atteignaient 65 milliards d'euros en 2024, avec 51 milliards d'investissements français sur le continent, et l'objectif affiché est que ces échanges profitent aux deux parties, avec des retombées concrètes sur l'emploi, l'investissement productif et la montée en compétence des acteurs locaux.


Ce que le sommet Africa Forward révèle en creux, c'est la profondeur de la mutation que la France doit opérer, par nécessité, pour rester un partenaire crédible en Afrique. La Françafrique, ce système de relations opaques fondées sur des liens militaires, des réseaux politiques et des accords de défense, n'est peut-être plus le même intérêts qu'auparavant. Mais son successeur reste à construire. Le Kenya ne sera ni le début ni la fin de cette reconstruction, ce sera un test de coopération. La France peut multiplier les formats, coorganiser des sommets à Nairobi, promettre des investissements pour les jeunes. Si derrière les annonces ne se trouvent pas des projets concrets, mesurables, évalués par les partenaires africains eux-mêmes, le sommet aura très vite approché ses limites. La tentation de nouvelles formes de coopération militaires, bien plus qu'économiques, reste aussi une question à déterminer, dans une région où les tensions liées à l'insécurité sont encore trop présentes.


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