L’économie bleue en Afrique: La conquête d'une souveraineté maritime durable et globale
- Le Paraphe
- il y a 3 jours
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L'exploitation des mers africaines est devenue un terrain de compétition acharnée entre les puissances mondiales pour le contrôle des routes commerciales et des infrastructures stratégiques. La gouvernance maritime un levier d'influence majeur dans les rapports de force internationaux. La sécurisation des espaces maritimes permet aux États de réaffirmer leur souveraineté tout en attirant des investissements directs étrangers dans des secteurs de pointe. Ce basculement conceptuel transforme les eaux africaines en un espace de souveraineté intégrée, capable de réconcilier l'urgence de la croissance avec la préservation vitale des écosystèmes.

L'exploitation durable des ressources marines offre un potentiel de création d'emplois massif pour une jeunesse africaine en quête de débouchés. En effet, les secteurs du tourisme durable, de l'aquaculture moderne et des énergies marines renouvelables pourraient transformer radicalement les structures de revenus de nombreux pays. Cependant, le besoin de financement pour l'adaptation au changement climatique reste le principal obstacle à cette transition inclusive. Sans une planification rigoureuse qui intègre la préservation des lagunes et des écosystèmes côtiers, la pression économique risque de dégrader irrémédiablement le capital naturel.
L'immensité du littoral africain constitue un gisement de puissance encore largement sous-exploité qui redéfinit la stature du continent sur la scène internationale. Avec une emprise souveraine sur plus de 13 millions de km² de zones économiques exclusives (ZEE), l'Afrique dispose d'un espace maritime supérieur à sa surface terrestre émergée. De même que le secteur de la pêche génère 12 millions d'emplois, la valeur ajoutée apportée par ce nouveau type d'économie est inscrit dans la Stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans à l'horizon 2030.
“L’Afrique, avec son vaste littoral, ses abondantes ressources maritimes et ses nombreux Etats insulaires, occupe une position unique dans la sphère de l’économie bleue mondiale. Nos océans et nos mers sont non seulement une source de subsistance pour des millions de personnes, mais ils constituent également un pilier essentiel du développement durable et de la résilience climatique. Il est donc impératif que nous reconnaissions l’immense potentiel que recèlent nos systèmes marins”, Moussa FAKI MAHAMAT, Président de la Commission de l’Union africaine (2017-2025)
De ce fait, pour garantir une cohérence à l'échelle de l'Union Africaine, la Tanzanie, en novembre 2024, accueille la 7ème conférence de l'assemblée générale de l'Association de l'Administration Maritime Africaine (AAMA), qui fixe, selon les ODD de l'ONU, les domaines prioritaires en faveur des océans :
Décarbonisation maritime: Participer activement aux discussions de l'OMI pour veiller à ce que les mesures adoptées dans le cadre de la stratégie 2023 de l'OMI pour la réduction des émissions de GES des navires soient justes et équitables.
Développement des capacités: élaborer une feuille de route pour la formation de la main-d'œuvre maritime afin de tenir compte des changements technologiques à venir dans le secteur maritime.
Financement d'un transport maritime durable: créer un cadre de financement durable pour le secteur maritime africain. Il s'agit notamment d'élaborer des propositions bancables à soumettre aux institutions financières et de développer la capacité d'absorber le financement.
Sûreté et sécurité maritimes: élaborer un plan d'action stratégique pour renforcer la sûreté et la sécurité maritimes dans la région. Mettre en œuvre le règlement type de l'OMI sur la sécurité des transbordeurs nationaux et partager les meilleures pratiques de la région africaine pour soutenir les projets de l'OMI, de l'IMLI et de l'UMM sur cette question. Mettre en œuvre les plans d'action correctifs découlant des audits de l'OMI et demander l'assistance de l'OMI si nécessaire.
Gouvernance et facilitation du commerce maritime: élaborer des plans d'action pour renforcer le gouvernement maritime et le développement des infrastructures, en demandant à l'OMI d'aider les pays à élaborer des politiques nationales de transport maritime. Les États membres ont été encouragés à mettre en œuvre le guichet unique maritime afin de faciliter les échanges et le commerce maritimes.
Genre et diversité: élaborer un plan d'action sur le genre et la diversité pour la région.

Cette conférence a apporté les bases multilatérales d'une gouvernance des mers africaines. Ainsi, la gestion rigoureuse des ressources halieutiques représente un levier de stabilité majeur pour nourrir une population en pleine croissance. Le développement d'une aquaculture durable et l'optimisation des circuits de pêche artisanale sont capables de générer des millions d'emplois directs tout en fixant les populations sur leurs territoires. Parallèlement, l'économie bleue s'impose comme le nouveau laboratoire de la transition énergétique et écologique (NDLR : l'Afrique est confrontée à la pollution plastique qui empoisonne les mers). Les gisements d'énergies marines renouvelables, qu'il s'agisse de l'éolien offshore ou de l'énergie thermique des mers, offrent des solutions concrètes pour réduire la fracture énergétique du continent tout en respectant les engagements climatiques globaux.
De même que l'enjeu du transport maritime et de la modernisation portuaire constitue le troisième pilier de cette mutation. En transformant ses côtes en hubs logistiques décarbonés, l'Afrique cherche à capter une part plus importante de la valeur ajoutée des échanges mondiaux. Cette ambition industrielle doit toutefois s'accompagner d'une stratégie de résilience climatique sans précédent. La préservation des écosystèmes côtiers, comme les forêts de mangroves et les herbiers marins, ne répond pas seulement à un impératif écologique. Ces zones agissent comme des infrastructures naturelles de protection contre l'érosion et comme des puits de carbone essentiels à la régulation thermique de la planète. En articulant ces dimensions économiques, sociales et environnementales, le continent transforme sa géographie bleue en un moteur de développement global et inclusif.




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