La Chine, nouveau leader de la gouvernance mondiale ?
- Ismael West
- il y a 10 heures
- 2 min de lecture
Le 25 mars 2026, le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, évoque dans un communiqué la volonté chinoise d’apporter sa contribution à la gouvernance marine mondiale en proposant d’héberger le secrétariat de l’accord de la « Biodiversity Beyond National Jurisdiction High Ambition Coalition » à Xiamen. Une prise de parole qui s’inscrit dans le cadre des négociations du traité sous la présidence conjointe de l’Union européenne, de Palau et des Seychelles, et réunissant 49 pays. Une déclaration qui vient concurrencer les candidatures de la Belgique et du Chili.

Cet accord a pour objectif d’instaurer des normes communes pour la préservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine, de renforcer la coopération scientifique sur les conséquences environnementales des activités en haute mer et de soutenir le transfert de technologies marines.Cette prise de parole intervient quelques semaines après le désengagement des États-Unis d’Amérique de Donald Trump sur la scène internationale : un retrait de 66 organisations, créant un vide de leadership dans la gouvernance environnementale mondiale. Un retrait dont la Chine souhaite profiter pour affirmer sa présence dans les gouvernances mondiales.
Cette demande s’inscrit dans la rhétorique et la doctrine chinoise du « Tianxia » (« tout ce qui est sous le ciel »), un concept mis en avant pour souligner la bienveillance de la Chine et sa volonté de coopération en faveur du développement des populations du « Sud global ». Cette doctrine trouve une application concrète dans le cadre du traité, après vingt longues années de négociations marquées par des divergences entre les législations souhaitées par les Occidentaux et les besoins d’exploitation des pays dits du « Sud ».
Cependant, la candidature chinoise quant à l’hébergement du secrétariat, face aux candidatures chilienne et belge, pose des questions vis-à-vis de ses réelles intentions. En effet, les secrétariats ne sont pas de simples entités administratives, mais de véritables acteurs centraux pour l’application du traité. Même s’ils sont neutres politiquement, ils restent influents et permettent de verrouiller des modèles de gouvernance. C’est ce que Chine Youdon (2026) qualifie de « dérive procédurale ».
Cette dérive procédurale pourrait alors prendre plusieurs formes : en jouant sur l’agenda, dans la priorisation des sujets et le cadrage des discussions ; sur la transparence, en limitant l’accès aux données et la circulation des informations ; mais encore sur les normes techniques, en interprétant les obligations et en élaborant les guides ; ou en influençant la coordination avec les autres organisations.
Cette manœuvre politique permet à la Chine de s’afficher et de se réaffirmer comme un acteur clé de la gouvernance mondiale, en s’appuyant sur une symbolique forte. Elle se présente ainsi comme un partenaire fiable et un modèle alternatif, face au repli des États-Unis sur la scène du droit et des normes internationales. Toutefois, il ne faut pas occulter les risques liés à l’implantation d’un tel secrétariat en Chine. Il est donc essentiel d’instaurer des règles strictes pour garantir la légitimité du traité, notamment en matière de transparence, d’indépendance scientifique et d’équité dans le partage des bénéfices scientifiques.




Commentaires