La lutte contre la pêche illicite (INN) : le plus grand défi global pour la protection des océans
- Le Paraphe
- il y a 4 jours
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Les mers et les océans font face à une prédation sans précédent, alors que les derniers rapports de 2026 confirment que la pêche illicite représente désormais plus de vingt-six millions de tonnes de captures annuelles. Cette ponction massive sur le capital naturel planétaire menace directement la stabilité alimentaire de près de trois milliards d'êtres humains dépendant des protéines marines.

L'architecture juridique actuelle repose sur la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (NDLR : ou convention de Montego Bay) de 1982 qui a sanctuarisé les zones économiques exclusives (ZEE). Cependant, cette fragmentation du domaine maritime a créé des zones d'ombre où l'absence de souveraineté effective permet toutes les dérives, ce qui nécessite une adaptation de la règlementation. C'est d'ailleurs pourquoi, en 2016 est entrée en vigueur l'Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port visant à prévenir, contrecarrer et éliminer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN).
"Rappelant l’Accord aux fins de l'application des dispositions de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer du 10 décembre 1982 relatives à la conservation et à la gestion des stocks de poissons dont les déplacements s'effectuent tant à l'intérieur qu'au-delà des zones économiques exclusives (stocks chevauchants) et des stocks de poissons grands migrateurs du 4 décembre 1985, l'Accord de la FAO visant à favoriser le respect par les navires de pêche en haute mer des mesures internationales de conservation et de gestion du 24 novembre 1993 et le Code de conduite pour une pêche responsable de la FAO de 1995", extrait du préambule de l'Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port.
Les puissances maritimes, capables de projeter leurs flottes de pêche, au premier rang desquelles se trouve la Chine, puis l'Union Européenne, gèrent des flottes de plusieurs milliers de navires dont l'activité est souvent subventionnée pour assurer une souveraineté alimentaire nationale. Face à elles, les États côtiers en développement, notamment en Afrique de l'Ouest et dans le Pacifique, tentent de protéger leurs ressources avec des moyens de surveillance dérisoires. Les organisations régionales de gestion des pêches peinent à imposer des quotas face aux pressions économiques des firmes transnationales. En parallèle, des réseaux criminels organisés utilisent ces navires de pêche pour camoufler des trafics d'êtres humains et de stupéfiants, profitant de l'opacité des pavillons de complaisance.
Ce phénomène, une catastrophe pour l'environnement, provoque également une distorsion majeure des marchés mondiaux en inondant les circuits commerciaux de produits à bas prix. Les pertes pour les économies locales se chiffrent en dizaines de milliards de dollars, privant les pays du Sud de recettes fiscales essentielles et de moyens de subsistance pour leurs pêcheurs artisans. Ce pillage organisé entraîne un effondrement des stocks qui rend l'activité légale de moins en moins rentable, poussant ironiquement certains acteurs légaux vers l'illégalité pour survivre. À terme, cette dynamique menace la résilience de l'économie bleue mondiale et précipite des crises migratoires liées à la disparition des ressources côtières.




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