L'économie bleue à Africa Forward : l'île Maurice et le Sénégal coprésident un débat qui engage l'avenir des océans africains
- Pytheas asso
- il y a 15 heures
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Au sommet Africa Forward, les 11 et 12 mai 2026, le Premier ministre mauricien Navin Ramgoolam et le représentant du Sénégal, coprésident la table ronde consacrée à l'économie bleue, un secteur qui pèse déjà des centaines de milliards de dollars à l'échelle mondiale et qui concentre, pour les pays insulaires et côtiers africains, l'essentiel de leurs ressources naturelles exploitables.

L'économie bleue est un concept formalisé en 2012, lors du Sommet mondial Rio+20 (NDLR : la conférence des Nations Unies sur le développement durable de 2012). Pour la Banque mondiale, il s'agit d'un concept qui promeut l'utilisation durable des ressources marines pour favoriser la croissance économique et améliorer les moyens de subsistance et l'emploi, tout en préservant la santé des écosystèmes océaniques. Derrière cette définition se cache une réalité économique considérable, puisque l'économie bleue représente un potentiel estimé à plus de 300 milliards de dollars par an pour l'Afrique, et pourrait créer jusqu'à 57 millions d'emplois d'ici 2030 si elle est pleinement exploitée.

L'économie bleue décrit l'utilisation durable et la conservation des ressources aquatiques dans les environnements marins et d’eau douce. Ceci comprend les océans et les mers, les côtes et les rives, les lacs, les rivières et les eaux souterraines. Il comprend des activités qui exploitent les ressources aquatiques (pêche, exploitation minière, pétrole, biotechnologies, etc.) ou utilisent les milieux aquatiques (transport maritime, tourisme côtier, etc.), dès lors qu'elles sont réalisées de manière intégrée, équitable et circulaire. Ces activités contribuent à améliorer la santé des écosystèmes aquatiques en établissant des mesures de protection et de restauration. Source : Commission Economique pour l'Afrique
Pour les pays africains riverains de l'océan Indien et de l'Atlantique, ce potentiel est d'autant plus précieux qu'ils disposent de zones économiques exclusives (ZEE, la portion d'océan dans laquelle un État côtier détient des droits exclusifs sur les ressources naturelles, jusqu'à 200 milles marins de ses côtes).
Mais ces ressources sont menacées. La durabilité des ressources marines est aujourd'hui mise en péril par la surpêche, la pollution marine et les impacts du changement climatique. Pour l'Afrique de l'Ouest et l'océan Indien, ces pressions s'exercent sous une forme particulièrement concrète, comme des flottes industrielles étrangères (chinoises, européennes, asiatiques) qui exploitent les eaux africaines parfois au détriment des pêcheurs artisanaux locaux.
Les communautés artisanales subissent la surpêche des flottes industrielles étrangères, la pression des usines de farine de poisson, la pollution et les impacts du changement climatique. Malgré leur rôle vital, elles reçoivent moins de 1 % des financements climatiques mondiaux (NDLR : C'est dans ce contexte que la Commission de l'océan Indien a adopté son Plan d'action régional pour l'économie bleue 2025-2030).

De ce fait, la coprésidence de lîle Maurice et du Sénégal, pour cette table ronde illustre une volonté de rééquilibrer la gouvernance maritime mondiale en faveur des États africains riverains. Pendant des décennies, les grandes décisions sur l'exploitation des océans ont été prises dans des enceintes internationales où les petits États insulaires et les pays en développement côtiers n'avaient qu'une voix marginale.
Le fait que deux pays africains (l'un insulaire de l'océan Indien, l'autre côtier de l'Atlantique) coprésident une table ronde sur l'économie bleue dans un sommet franco-africain est en lui-même un signal.
Ce qui se joue en creux dans cette table ronde dépasse cependant le seul secteur maritime et pose la question de la souveraineté sur les ressources naturelles. Qui décide de ce que l'on pêche, à quelle profondeur, dans quelle quantité, et pour qui ?
Pendant trop longtemps, ces décisions ont été largement déléguées à des acteurs extérieurs, des organismes de certification environnementale basés en Europe, agences de financement dont les conditionnalités déterminaient les priorités. Alors, la table ronde sur l'économie bleue en est l'un des terrains les plus concrets et les plus conflictuels, car elle oblige à nommer les acteurs qui ont profité de l'opacité passée, à discuter des accords qui ont favorisé les flottes industrielles au détriment des pêcheurs côtiers, et à construire une gouvernance maritime africaine qui ne soit pas simplement une extension de normes conçues ailleurs.




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