La coopération entre la France et l'Estonie : ce que deux ans d'exercices et de contrats révèlent sur la recomposition de la défense européenne
- Pytheas asso
- il y a 22 heures
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En juin 2024, Paris et Tallinn scellaient une relation de défense renforcée autour de contrats d'armement majeurs (canons CAESAR et missiles antiaériens MISTRAL). Deux ans plus tard, des soldats français marchent dans la neige du comté de Harju, s'entraînent au combat de tranchée aux côtés de réservistes estoniens, et participent à des exercices jusqu'en Roumanie. Ce que l'on pourrait prendre pour des opérations routinières est en réalité l'expression concrète d'une transformation stratégique de grande ampleur.

Pour comprendre ce rapprochement, il faut remonter aux jours sombres d'août 1939. Le pacte Molotov-Ribbentrop, signé entre l'Allemagne nazie et l'URSS, incluait dans ses protocoles secrets la mise sous domination soviétique des pays baltes. L'Estonie a été occupée pendant cinquante ans, de 1940 à 1991. Cette mémoire structure la doctrine militaire de Tallinn, l'intensité de sa méfiance envers Moscou et la radicalité de ses choix d'investissement dans la défense. Lorsque l'Estonie rejoint l'OTAN en 2004, elle le fait par survie stratégique. Depuis 2016, la France contribue aux mesures de réassurance au profit des pays baltes et de la Pologne, décidées en réponse à l'invasion illégale de la Crimée par la Russie et plus récemment, l'invasion de l'Ukraine.
La coopération entre les deux Etats d'Europe est importante, surtout dans une région déjà sous tension. L'Estonie, avec 3,42 % de son PIB consacré à la défense et bientôt 5,4 %, donne une leçon pratique aux grandes puissances continentales qui peinent à dépasser les 2 %... Mais reste un investissement qui de garantie de sa souveraineté.
Ce qui se joue en Estonie est une démonstration de la théorie de la dissuasion élargie par la présence accrue de forces. Plus les soldats alliés sont physiquement présents sur le territoire menacé, plus le coût d'une agression pour Moscou est élevé. Une attaque déclencherait automatiquement l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord.
La France reste engagée en 2025 au sein du bataillon multinational de l'OTAN déployé en Estonie, sous commandement britannique, et elle renforcera ponctuellement sa contribution au niveau GTIA, pour accompagner la montée en puissance au niveau brigade du bataillon multinational. Cette montée en puissance n'est pas rhétorique : en termes de capacités, le Jaguar a été déployé en Estonie au printemps 2024, première projection opérationnelle de cet engin blindé. À l'automne 2024, la compagnie d'infanterie légère a été équipée de Serval, offrant au théâtre estonien toute la gamme des véhicules Scorpion.




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