le Quai d'Orsay et le continent africain, une semaine de dialogue avant Africa Forward
- Le Paraphe
- il y a 2 jours
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En l'espace de trois jours, entre le 6 et le 8 mai 2026, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a été contraint de jongler avec quatre dossiers africains simultanément, à savoir, la déroute militaire au Mali, les attaques meurtrières au Tchad, l'impasse chronique en Libye et la préparation du sommet Africa Forward à Nairobi. Ce calendrier est la photographie brute d'une France qui tente de réécrire son rapport à un continent qui s'enflamme pendant qu'elle ajuste sa posture diplomatique.

La France cherche à reconstruire une crédibilité, sévèrement abîmée par une décennie de repositionnements chaotiques, d'interventions militaires aux résultats mitigés et d'une image néocoloniale dont elle peine à se défaire.
La première semaine de mai 2026 aura fonctionné comme un révélateur impitoyable de l'état réel de la diplomatie africaine de la France. Pendant que Jean-Noël Barrot peaufinait les derniers détails du sommet Africa Forward à Nairobi, le continent lui renvoyait une image infiniment plus complexe. En effet, au Mali, les forces russo-maliennes ont reculé face à une coalition djihadiste et séparatiste qui a pris Kidal, Tessalit et frappé jusqu'aux portes de Bamako, démontrant que le pari sécuritaire de la junte sur l'Africa Corps ne tient pas. Au Tchad, Boko Haram a tué au moins vingt-quatre soldats à Barka Tolorom en deux jours, forçant Paris à rappeler qu'elle restera aux côtés d'un des seuls partenaires militaires qui lui reste dans la région. De même qu'en Libye, l'ONU elle-même reconnaît que le processus politique est bloqué et que les institutions demeurent fracturées, laissant la France dans le rôle inconfortable d'un soutien verbal à une médiation sans traction réelle. Ce triple front résume le paradoxe fondamental dans lequel la France veut parler innovation et croissance à Nairobi, mais elle parle surtout survie et gestion de crise au Sahel et en Méditerranée.
C'est dans ce contexte de revers et de redéfinition que le sommet Africa Forward de Nairobi prend toute sa signification politique. Il marque une étape majeure dans les relations entre la France et le continent africain, près de dix ans après le discours du président de la République à Ouagadougou et constitue le premier sommet de ce type à être accueilli et co-présidé avec un pays anglophone.
Mais la question géopolitique de fond est celle-ci : la France peut-elle simultanément parler d'innovation et de croissance à Nairobi tout en regardant le Mali s'embraser, le Tchad pleurer ses morts et la Libye s'enliser ? Le ministre des Affaires étrangères, en traitant ces quatre dossiers en trois jours, démontre que son ministère est sur le pied de guerre, pendant que le président de la République entame sa tournée en Afrique.




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