top of page

Japon Australie : une « quasi-alliance » salvatrice

  • Luca Jouglet
  • il y a 23 heures
  • 4 min de lecture

 

Le 4 mai 2026, à Canberra, Sanae Takaichi et Anthony Albanese ont signé une série d'accords sur la défense, la cybersécurité et les minéraux critiques. Près de 1,67 milliard de dollars australiens seront ? débloqués. Des frégates de guerre commandées. Un pacte cyber. Sur le papier, c'est une visite d'État comme il en existe d'autres. Mais derrière les poignées de main, c'est quinze ans de leçons tirées d'un embargo chinois qui se concrétisent.



Septembre 2010. Un chalutier chinois accroche un patrouilleur japonais dans les eaux des îles Senkaku. L'incident est banal, presque routinier dans une zone disputée depuis des décennies. La suite l'est beaucoup moins : Pékin coupe ses exportations de terres rares vers le Japon. Du jour au lendemain. Sans préavis, sans négociation. Pour l'industrie high-tech nippone, qui dépend de ces matériaux pour à peu près tout (électronique, moteurs, batteries) c'est une catastrophe. Le message de Pékin était limpide : les ressources naturelles peuvent être une arme. Pas une métaphore, une arme réelle et cela à notamment été mis en lumière lors de la pandémie de 2020, en effet le Covid 19 et les differents. Tokyo l'a retenu. Les accords de Canberra en 2026 sont, quelque part, la réponse à ce moment-là.


Le Japon sort d'une décennie de crises compliquées. Encerclé par trois voisins hostiles, la Chine la Corée du Nord et la Russie, Tokyo a doublé son budget de défense sur cinq ans, cassé des décennies de tabou sur l'exportation d'armement, et se retrouve à jongler entre Washington qui lui réclame une augmentation de ses dépenses militaires tout en lui imposant des taxes douanières. Dans ce contexte, diversifier ses alliances n'est plus une option, c'est une nécessité. L'Australie est le partenaire qui coche toutes les cases, tout comme le Japon, il a signé la déclaration Pax Silican accord lancé par les USA qui vise à préserver des chaines d'approvisionnement « fiables » pour les technologies de pointe. Le pays possède aussi un sous-sol parmi les plus riches du monde en minéraux critiques. Une stabilité politique solide. Et surtout, la même lecture de la menace : Pékin. Lynas Corp, le plus grand producteur de terres rares hors Chine, est australien. Ce n'est pas un hasard si c'est lui qui se retrouve au cœur des accords signés. La Chine, troisième acteur central bien qu'absente de la table, reste l'enjeu non dit de ces accords. Les projets financés ciblent explicitement les vulnérabilités les plus urgentes des chaînes d'approvisionnement communes aux deux pays. 



Les projets financés ne sont pas choisis au hasard. Le gallium pour les semi-conducteurs, le magnésium pour l'aérospatiale, fluorite pour les véhicules électriques, en fait chaque matériau ciblé correspond à une vulnérabilité identifiée après 2010. La Chine contrôle encore l'essentiel de la production mondiale de terres rares et elle s’en sert. Elle pourrait recommencer, notamment autour de Taïwan, dont la situation se tend chaque année un peu plus.L'accord avec Lynas Corp est salvateur. L’entreprise Sojitz et la JOGMEC (Japan Organization for Metals and Energy Security) la soutiennent depuis des années, avant même les accords de Canberra. L'Australie offre maintenant un cadre officiel et le financement public pour accélérer la chose. 1,3 milliard de dollars australiens côté Canberra, 370 millions déjà engagés côté Tokyo. C'est du concret, un accord prometteur. 


Par ailleurs, Sanae Takaichii a utilisé le mot « quasi-alliance ». C'est un mot pesé pour une Première ministre japonaise. Formellement, la Constitution pacifiste de 1947 empêche Tokyo de conclure des alliances militaires classiques, celles qui engagent à une défense mutuelle en cas d'attaque. Mais depuis quelques années, le Japon contourne cette contrainte article par article, accord par accord. La vente de onze frégates Mogami à l'Australie est la plus grande transaction militaire japonaise depuis la Seconde Guerre mondiale. Le renseignement partagé, les exercices communs, les accords commerciaux : tout cela dessine une architecture de sécurité bilatérale qui ressemble fort à une alliance sans en porter le nom.


Par ailleurs, Sanae Takaichii a utilisé le mot « quasi-alliance ». C'est un mot pesé pour une Première ministre japonaise. Formellement, la Constitution pacifiste de 1947 empêche Tokyo de conclure des alliances militaires classiques, celles qui engagent à une défense mutuelle en cas d'attaque. Mais depuis quelques années, le Japon contourne cette contrainte article par article, accord par accord. La vente de onze frégates Mogami à l'Australie est la plus grande transaction militaire japonaise depuis la Seconde Guerre mondiale. Le renseignement partagé, les exercices communs, les accords commerciaux : tout cela dessine une architecture de sécurité bilatérale qui ressemble fort à une alliance sans en porter le nom.Il y a quelque chose d'intéressant dans la façon dont ces accords ont été présentés : beaucoup de formules sur la paix régionale, très peu de mentions directes de la Chine. Pourtant tout le monde sait. La région s'organise autour d'un axe de pays qui partagent les mêmes vulnérabilités, et forcément les mêmes inquiétudes. Le trio AUKUS, et maintenant ce renforcement nippo-australien : les blocs se forment, mais en pointillé. Le paradoxe américain qui pousse le Japon à augmenter son arsenal a aussi poussé Tokyo  à élargir son réseau,  Philippines, Corée du Sud, Italie, Royaume-Uni, Australie. Canberra semble aujourd'hui être le maillon le plus solide de cette chaîne. 



Commentaires


NOS PARTENAIRES

Label, partenaires et affiliations

Labels
Label Citizen
CIRMA LOGO
Pytheas Logo (2024)

NOUS CONTACTER

PYTHEAS 

Association Loi 1901

Mail : pytheas2024@gmail.com

  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn

RESTEZ À JOUR

Abonnez-vous à notre newsletter pour être à jour

Merci pour votre envoi.

bottom of page