Le sommet « Africa Forward » : vers un nouveau paradigme des relations franco-africaines
- Alice Guillemaud
- il y a 23 heures
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Depuis quelques années, la France redéfinit ses relations avec l’Afrique en se rapprochant de plus en plus des pays africains anglophones. C’est dans cet objectif que le projet « Africa Forward » a vu le jour ; la France et le Kenya se sont associés afin de développer la croissance économique africaine.

Le 11 et 12 mai 2026, à Nairobi, aura lieu le sommet « Africa Forward » qui représente la concrétisation des relations franco-kényanes. Ce sommet réunira près de 30 chefs d’Etats ainsi que des leaders du secteur privé, d’institutions financières internationales ou de la société civile. Entre 1500 et 2000 dirigeants d’entreprises et investisseurs participeront à cet évènement afin de contribuer au développement économique du Kenya.
Le but principal du sommet « Africa Forward » est de créer un nouvel environnement propice à la croissance économique et à l’innovation. Le sommet abordera donc les sujets de la transformation digitale, du secteur de la santé, de la transition énergétique et du développement des infrastructures dans le pays. ainsi que le sujet de l'économie bleue notamment en matière de gestion durable des ressources marines et de développement portuaire. En misant sur l'économie et l'innovation comme vecteurs de stabilité, le sommet espère prévenir indirectement les tensions sociales grâce au développement.
En mettant en place des projets tels que « Africa Forward », la France veut restructurer les relations qu’elle entretient avec le continent africain. Jusqu’à présent, les gouvernements français privilégiaient les Etats africains francophones situés en Afrique subsaharienne. Cependant, depuis 2017, le président Emmanuel Macron a porté l’ambition d’élargir leur relation avec le continent entier et de privilégier des partenariats mutuellement bénéfiques ; « Africa Forward » étant la concrétisation de cette volonté. En choisissant le Kenya, un pays anglophone, la France s’ouvre à d’autres Etats et donc à d'autres opportunités.
Le choix du Kenya n'est pas anodin. C'est le moteur économique de l'Afrique de l'Est et ainsi pour la France c'est une manière de montrer que la relation ne se limite plus au pré carré francophone. Le Kenya, sous la présidence de William Ruto depuis 2022, est à la croisée de tendances démographiques et économiques majeures avec une population jeune, une urbanisation rapide ainsi qu’une émergence d’une classe moyenne et consommatrice. Tous ces éléments font du gouvernement kenyan un choix judicieux pour le projet commun avec la France.
De plus, depuis ces 15 dernières années, le Kenya a été un partenariat commercial assez important de la France. Cette relation n’a cessé de s’améliorer ; depuis 2024 l’Accord de Partenariat Économique entre le Kenya et l’Union Européenne qui a été mis en place, vise à promouvoir une croissance économique et un développement durable et à soutenir l’intégration progressive du Kenya dans l’économie mondiale. La France, en s’associant au Kenya pour ce sommet, s’est donc placée dans la continuité de la politique européenne. Il convient également de souligner que le président Ruto entend utiliser ce sommet comme tribune pour porter la voix de l'Afrique sur la réforme de l'architecture financière mondiale. « Africa Forward » dépasse ainsi le cadre bilatéral : c'est une plateforme depuis laquelle l'Afrique entend exiger un accès plus juste aux capitaux internationaux.
Cependant, malgré le fait que le Kenya soit un acteur majeur du développement de la région, le pays n’échappe pas aux déstabilisations internes. En effet, le Kenya traverse une crise politique et sociale importante. Depuis 2024, la jeunesse kényane se soulève face au gouvernement de Ruto pour lutter contre la vie chère, la corruption et un système politique déconnecté de la population. Cela crée une instabilité politique qui contraste avec l’image renvoyée par Nairobi lors de la préparation du Sommet avec la France.
En définitive, le sommet « Africa Forward » ouvre des opportunités réelles : repositionnement de la France en Afrique de l'Est, débouchés pour le secteur privé et porte les revendications africaines sur la scène financière mondiale. Mais le pari sur l'innovation comme vecteur de stabilité sociale n'est pas sans risque : si les retombées restent captées par les élites connectées aux réseaux internationaux, le sommet pourrait aggraver le fossé entre gouvernants et gouvernés, transformant un outil de stabilisation en facteur supplémentaire de tension.




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